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Berliner Zeitung 20.07.2010-1

Traduction de l’article parus dans le Berliner Zeitung, 20 juillet 2010

« Le corps restauré »

par Sebastian Preuss
traduction de Marie-Luise Fricke

« L’époque à laquelle on dissociait artistes et artisans d’art est aujourd’hui révolue. Tricot, poterie, tissus batik, éléments d’ameublement et de design, vêtements faits soi-même: voilà ce que redécouvrent les jeunes artistes d’aujourd’hui. Cependant, le véritable artisanat d’art n’appartient pas à la même sphère de l’économie. Bijoux, étoffes précieuses, travail du verre, pièces en argent ou autre métal, pièces uniques de haute- couture, céramique et porcelaine peinte à la main : le choix est large, le public friand. En effet, les salons d’artisanat d’art ne cessent de se multiplier. Les objets issus de l’artisanat d’art ont généralement une utilité – théoriquement en tout cas : qui utilise au quotidien un verre soufflé d’une très grande valeur, qui écrit quotidiennement sur du papier fabriqué à la main? La frontière reste pourtant floue entre objet utile et œuvre libre de toute fonctionnalité.
Où se situe le travail de Marianne Cresson ? Beaucoup de réponses sont possibles. Mais il ne fait aucun doute qu’elle maîtrise la technique de la tapisserie d’ameublement, de la couture et de l’application au plus haut niveau; ses sculptures, nécessitant une habileté manuelle exceptionnelle, sont de véritables chef-d’œuvres. Les tissus s’étoffent pour donner naissance à des corps surréels, les galons sont intégrés à des motifs de tressage élaborés, après avoir été transformés plastiquement, le cuir et les peaux deviennent des créatures de rêve parfaitement rembourrées. A l’origine spécialiste de la tapisserie d’ameublement et de la restauration de sièges, Marianne Cresson a progressivement travaillé le cuir, le crin de cheval, le clou tapissier, l’ornement des coutures et crée ainsi des objets qui ont plus rien avoir avec le siège. Elle a su transformer d’onéreux objet utiles en œuvres fabuleuses.
Marianne Cresson est à ce jour encore peu connue du monde de l’art. Carine Delplanque, directrice de l’Institut français situé sur le Kurfürstendamm, a découvert un de ses objets chez des amis. Enthousiasmée, elle a été chercher l’artiste à Marseille et lui a proposé cette exposition à Berlin. Ce faisant, elle reprend une initiative de Frédéric Mitterrand, ministre de la culture, qui défend la promotion de l’artisanat d’art. Un Institut national des métiers d’art a été fondé et ouvrira ses portes en 2011. Chaque année, en avril, aura lieu partout en France une Journée des Métiers d’Art.
Avec les sculptures de Marianne Cresson, l’Institut français montre un aspect de l’artisanat d’art peu attendu. Les sièges se démembrent et deviennent des déformations abstraites du corps humain – un clin d’œil à Louise Bourgeois, assurément un modèle pour Marianne Cresson. Les matériaux et les outils des tapissiers d’ameublement, des tailleurs ou des fourreurs sont sortis de leur contexte. Certaines sculptures sont trop idylliques et fabuleuses, mais le fétichisme des matériaux des plus belles œuvres leur donne une aura légèrement libertine ».
Institut français, Kurfürstendamm 211 (Charlottenburg). Jusqu’au 30 juillet, lundi-vendredi 14-19, samedi 11-15, à partir du 26. 7. 11-17 h.
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Photo: « Voltaire 1 dit Toréadoré  »